Elisa Leonida Zamfirescu, une pionnière engagée et obstinée

Elisa Leonida, épouse Zamfirescu, est née le 10 novembre 1887 dans une bourgade de Moldavie roumaine située sur les rives du Danube : Galaţi. Issue d’une famille de dix enfants, elle a, très jeune, démontré un fort attrait pour les sciences, contrairement à l’un de ses frères, Gheorghe Leonida, connu pour avoir sculpté la tête du Christ rédempteur qui couve du regard la baie de Rio de Janeiro.

 

Une volonté pugnace de devenir ingénieure

Dès son plus jeune âge, Elisa souhaite devenir ingénieure. Elle obtient son baccalauréat, ce qui était déjà une gageure à l’époque, et tente d’intégrer l’École nationale des ponts et chaussées de Bucarest (actuelle École Polytechnique). On lui en refuse l’accès pour le seul motif d’être une femme.

Loin de se décourager, la jeune fille candidate alors à l’École technique royale de Charlottenbourg (devenue l’Université technique de Berlin). Elle s’entend dire par le doyen que les femmes devraient se cantonner aux « trois K », à savoir Kirche (église), Kinder (enfants), Küche (cuisine), mais intègre l’établissement en 1909 et y suit des cours en ingénierie et construction de machines.

Trois ans plus tard, elle obtient son diplôme et devient la première femme ingénieure de Roumanie et d’Allemagne, ainsi que la première femme à intégrer l’Association générale des ingénieurs de Roumanie (AGIR). Sa pugnacité a bel et bien payé.

 

Une carrière volontaire et menée de main de maître

Son diplôme en poche, Elisa se voit proposer un poste chez BASF en Allemagne. Elle le refuse, ayant pour projet de revenir en Roumanie et d’intégrer le nouvel Institut Géologique. Elle doit se battre pour y obtenir un poste mais finit par y devenir assistante.

Ses travaux sont rapidement reconnus et lui permettent de diriger plusieurs laboratoires. Elle mène des études empiriques sur le terrain et explore les propriétés de ressources géologiques telles que le gaz de schiste, la bauxite, le chrome, le cuivre ou encore le charbon.

Elle découvre un procédé permettant de créer du sulfate de cuivre qui sera utilisé en agriculture. Elle travaille également sur les eaux minérales destinées à une utilisation industrielle ou encore sur les propriétés de la bentonite et son utilisation possible pour filtrer le vin. Ses travaux sont toujours utilisés à l’heure actuelle.

En plus de ses recherches, Elisa enseigne la physique-chimie à des jeunes filles, mais également à des électriciens et des mécaniciens.

Elle prendra officiellement sa retraite à 75 ans (en 1963) mais n’arrêtera jamais vraiment de travailler.

 

Un engagement militant et pacifiste

Diplômée en 1912, la carrière de la jeune ingénieure va être suspendue par l’arrivée de la Grande Guerre. Volontaire et dévouée, la jeune femme s’engage dans les rangs de la Croix-Rouge et gère les hôpitaux de Mărășești. Cela lui vaudra d’être décorée de la légion d’honneur par le gouvernement français. Au sortir de la guerre, elle épouse Constantin Zamfirescu, ingénieur lui aussi, avec qui elle aura deux enfants.

Résolument pacifiste, Elisa se battra toute sa vie contre la course à l’armement. Elle déposera notamment une plainte auprès du comité de désarmement pour alerter l’opinion contre la bombe atomique.

Elle meurt à 86 ans, le 25 novembre 1973. De nombreux hommages lui seront alors rendus. Son nom est donné à une rue de Bucarest en 1993, le prix « Premiul Elisa Leonida-Zamfirescu » récompense depuis 1997 les femmes scientifiques roumaines et Google lui a consacré un doodle pour son 131e anniversaire.

 

Marie-Louise Paris, fondatrice de l’École Polytechnique féminine

Marie-Louise Paris ouvre les yeux à Besançon, le 20 octobre 1889. Elle est l’aînée d’une fratrie de six enfants et perd son père très jeune. Cela plonge la famille dans de grandes difficultés financières mais n’entame en rien la volonté de la mère de Marie-Louise : offrir à chacun de ses enfants l’éducation qu’il souhaite et dont il est capable.

 

Une formation d’ingénieur dans un contexte familial difficile

Douée pour les sciences, celle que l’on nommera Mademoiselle Paris obtient son diplôme d’ingénieur à l’École de mécanique et d’électricité de Paris en 1921, tout comme sa sœur Hélène. Elles intègrent par la suite l’Institut électronique de Grenoble pour y acquérir, en 1922, un diplôme complémentaire.

Fraîchement diplômée, la jeune Marie-Louise retourne à Paris où elle échange avec de nombreux ingénieurs et des enseignants du supérieur. Elle connaît personnellement les directeurs des plus prestigieuses écoles d’ingénierie parisiennes.

Or, elle n’a pas oublié les difficultés que sa sœur et elle ont connu durant leurs études, étant des femmes aspirant au titre d’ingénieur. Elle décide alors de fonder sa propre école et de la dédier à la gent féminine.

 

Une vie dédiée à la formation des femmes en ingénierie

En 1925, alors qu’elle n’a pas d’argent, elle parvient à obtenir l’autorisation d’utiliser les locaux du CNAM pour créer l’Institut électro-mécanique féminin. Cette autorisation n’était que provisoire mais durera 21 ans. L’événement est sans précédent et fera la une des journaux. Toutefois, le manque de candidates (l’ingénierie au féminin n’était pas encore entrée dans les mœurs), la conduira à ne donner des cours qu’à mi-temps à ses débuts. Elle sera épaulée par deux autres professeurs (dont Gabriel Koenings).

Dès 1933, Marie-Louise complexifie et diversifie ses enseignements, faisant passer la scolarité de deux à trois ans. Elle renomme également son institut, qui devient l’École polytechnique féminine.

Après-guerre, elle écrit au Général De Gaulle pour héberger son école au sein du Conservatoire des Arts et Métiers. Sa démarche aboutit mais le monde de l’ingénierie n’est pas prêt à accepter les femmes facilement. Dès le milieu des années 50, les étudiantes sont priées de quitter les lieux.

Qu’à cela ne tienne, Mademoiselle Paris achète une grande demeure à Sceaux et y héberge son école. Jusqu’aux années 70, elle y formera plus de la moitié de nos ingénieures.

 

Une passion pour l’aviation qui marquera ses inventions

Outre l’enseignement et son combat en faveur de l’égalité, Marie-Louise est également passionnée d’aviation. Elle apprend le pilotage à Guyancourt et crée un prototype qui sera exposé au salon de l’aviation de 1936. Elle donnera les noms d’Hélène Boucher et de Maryse Bastié aux promotions de 1938 et de 1945. Henri Farman parrainera quant à lui la promo de 1947.

Marie-Louise décède le 28 avril 1969 dans son école. Depuis, une unité de recherches de l’EPF porte son nom, ainsi qu’une station du tramway grenoblois.

 

Hedy Lamarr, la « plus belle femme du monde », actrice et ingénieure

Hedy Lamarr voit le jour le 09 novembre 1914 dans la capitale viennoise. Personne ne le sait encore mais cette petite fille sera amenée à vivre une vie aux mille visages, à la fois sulfureuse actrice de l’Hollywood des années 30, mais aussi inventrice géniale.

 

Une passion dévorante pour l’invention

Outre sa carrière d’actrice, Hedwig Kiesler de son vrai nom, était une infatigable inventrice. Vivianne Perret, historienne, indique à ce titre qu’elle avait inventé un bouillon cube qui se dissolvait dans du soda, mais aussi un collier fluorescent pour animaux de compagnie ou encore un mécanisme aidant les handicapés à sortir de leur baignoire. Elle avait installé un laboratoire chez elle et créait sans cesse.

 

Une invention révolutionnaire pour soutenir l’effort de guerre

Son invention la plus spectaculaire eu de nombreuses répercussions et ce jusqu’à nos jours. Il s’agit de l’étalement de spectre par haute fréquence.

L’idée lui vient de ses connaissances en armement et en technologies militaires, notamment le contrôle automatique des torpilles, acquises lors de son premier mariage avec Friedrich Mandl, un notoire fabricant d’armes. Discutant avec un ami compositeur et musicien, George Antheil, qui lui connaissait bien les systèmes de rouleaux de bandes perforées des pianolas (sortes de piano mécaniques), elle eu l’idée d’un système permettant de détourner les torpilles visant les paquebots de passagers. Les torpilles radio-guidées changeaient de fréquence et devenaient ainsi contrôlables à distance et indétectables par l’ennemi.

Les deux comparses partagèrent leur trouvaille dès 1940, déposèrent le brevet (intitulé Secret communication system) en 1941 et le rendirent immédiatement libre de droits afin qu’il soit utilisé par l’armée américaine. Hedy a alors tout juste 27 ans.

 

Une postérité insoupçonnée et vivace

Malgré le côté révolutionnaire de cette idée, l’état-major n’en tient pas compte car elle lui paraît trop nouvelle et difficilement applicable. Le projet ne sera utilisé que bien plus tard, lors de la crise des missiles de Cuba (1962) et durant la guerre du Viêt Nam.

Dès 1959, le brevet put être utilisé à des fins civiles. Il fut alors repris par le secteur de la téléphonie mobile mais également dans le secteur de l’aérospatial (communication avec les navettes, GPS) et de l’informatique (Wifi).

 

Une reconnaissance tardive et en demi-teinte

Hedy Lamarr apprit très tardivement que son brevet avait été utilisé. Elle en demanda alors les droits mais n’obtint jamais gain de cause. Les pouvoirs publics lui répétèrent, faussement, que son invention n’avait jamais servi.

Elle reçut malgré tout le prix de l’Electronic Frontier Foundation en 1997 mais ne voulut pas aller le chercher. Âgée de 85 ans, elle ne voulait plus apparaître en public. Jeanine Basinger, historienne du cinéma, souligna qu’Hedy Lamarr aurait pu devenir une très grande scientifique mais que, en son temps, elle était certainement « trop belle pour cela ».

La sulfureuse comédienne continuera d’inventer jusqu’à sa mort, en l’an 2000, des projets qui ne verront pas le jour. Elle est reconnue en 2003 par le magazine Dignifying Science et un Prix d’inventeur porte son nom en Autriche. Dans tous les pays germaniques, sa date d’anniversaire est considérée comme le jour des inventeurs et, en 2014, elle fut admise au National Inventors Hall of Fame.

 

 

Une fois encore, nous avons voulu vous faire découvrir les vies et les réalisations de trois femmes d’exception qui, toutes à leur manière, ont marqué de leur empreinte le monde qui les entourait. En cela, comme en beaucoup d’autres choses, elles avaient un véritable esprit d’ingénieur : une audace incontestable, une volonté inébranlable et, surtout, une envie inaltérable de ne pas accepter les choses telles qu’elles sont mais bien de les créer telles qu’elles pourraient l’être.

Puissance Alpha - le 22/03/2021

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